Skip to main content
PrivacyProjet de loi C-34Loi sur la sécurité des médias sociauxdéclaration relative à la Chartevérification de l'âge

Privacy

La déclaration relative à la Charte est arrivée. Elle plaide contre son propre projet de loi.

Justice Canada a déposé le 19 octobre 2026 la déclaration relative à la Charte pour l'interdiction des comptes de médias sociaux aux moins de 16 ans du projet de loi C-34. La preuve à l'appui de l'interdiction tient en une phrase sans fondement, le dossier de la vérification de l'âge en matière de vie privée tient au mot « perçu », et les garanties qui rendraient l'interdiction conforme arrivent après l'interdiction elle-même. Ce que les équipes de protection de la vie privée doivent surveiller.

PartagerLinkedIn

Écouter cet article

0:00 / 0:00

Points clés

  • Le 19 octobre 2026, le gouvernement a déposé la déclaration relative à la Charte pour le projet de loi C-34, la Loi sur la sécurité des médias sociaux, plus de quatre mois après son dépôt. Elle confirme que l’interdiction des comptes aux moins de 16 ans touche les articles 2b), 7, 8, 11 et 15 de la Charte.
  • Le dossier à l’appui de l’interdiction tient en une phrase sans fondement, et le dossier de la vérification de l’âge en matière de vie privée est encore plus mince : exiger que des millions de Canadiens remettent leurs données d’identité aux plateformes ne ferait que « pouvoir être perçu » comme touchant à l’article 8. La déclaration ne mentionne jamais la consultation du commissaire à la protection de la vie privée sur la vérification de l’âge prévue dans le projet de loi, que le projet de loi C-36 abrogerait.
  • La structure de la déclaration est son point faible : l’exemption de la Commission qui permettrait aux services conformes d’échapper à l’interdiction ne devient disponible qu’après l’entrée en vigueur de l’interdiction, et les solutions moins attentatoires qu’elle énumère sont les propres obligations de conception du projet de loi.

La déclaration qui a mis quatre mois

Il y a onze jours, j’écrivais que le projet de loi C-34 n’avait toujours pas de déclaration relative à la Charte quatre mois après la première lecture. La déclaration est maintenant publiée, déposée à la Chambre le 19 octobre, et elle plaide contre son propre projet de loi.

Une déclaration relative à la Charte n’est pas un avis juridique; l’article 4.2 de la Loi sur le ministère de la Justice en exige une pour chaque projet de loi du gouvernement, et Justice Canada vise à la préparer pour la première lecture. Celle-ci arrive après des mois de débat, alors que l’interdiction porte déjà le poids d’un équivalent français invalidé et d’une interdiction australienne qui peine. Ces comparaisons viennent de l’analyse de Michael Geist du 21 octobre. La déclaration elle-même n’en cite aucune.

Ce qu’est vraiment l’interdiction

Les exploitants de certains services de médias sociaux réglementés, à désigner par le Cabinet par règlement, devront appliquer une vérification ou une estimation de l’âge qui empêche toute personne de moins de 16 ans de détenir un compte. La Commission de la sécurité numérique pourra exempter un service dont elle est convaincue qu’il offre des garanties adéquates pour les enfants.

La déclaration passe ensuite en revue les droits garantis par la Charte que le projet de loi touche :

Article de la CharteCe qui le touche
2b), expressionL’interdiction elle-même, l’obligation d’agir de façon responsable, l’obligation de retrait en 24 heures, l’étiquetage des robots et du contenu synthétique, les audiences à huis clos de la Commission
7, libertéL’obligation pour les employés de se présenter à un interrogatoire sous serment
8, vie privéeLes pouvoirs d’inspection et de production de documents de la Commission, l’accès des chercheurs aux jeux de données des exploitants, la conservation d’un an du contenu violent ou terroriste et des données d’identification pour un accès policier autorisé par mandat
11, droits en matière d’infractionLes sanctions administratives pécuniaires pouvant atteindre 3 % des revenus mondiaux ou 10 millions de dollars, selon le montant le plus élevé
15, égalitéLa distinction fondée sur l’âge : les moins de 16 ans ne peuvent détenir de compte, les moins de 18 ans sont protégés par l’obligation

Pour les équipes de protection de la vie privée, la ligne à retenir est celle de l’article 8. C’est là que le document est le plus faible.

La section sur la vie privée est révélatrice

La déclaration est franche sur les pouvoirs de la Commission : inspection, production forcée, perquisition autorisée par mandat, accès des chercheurs agréés aux jeux de données des exploitants, conservation d’un an du contenu et des données d’identification pour un accès policier autorisé par mandat. Tout cela, dit-elle, peut porter atteinte à une attente raisonnable en matière de vie privée et toucher à l’article 8.

Puis elle aborde le mandat de vérification de l’âge, la disposition qui obligera des millions de Canadiens à remettre leurs données d’identité aux plateformes, et le ton baisse d’un cran. Ces mesures ne feraient que « pouvoir être perçues » comme touchant à l’article 8. La déclaration s’appuie sur le maintien de l’application de la LPRPDE, sur des normes de vérification de l’âge de la Commission qui n’existent pas encore, et sur les conditions du projet de loi : données recueillies uniquement aux fins de vérification de l’âge, protégées jusqu’à la vérification, détruites ensuite.

Geist souligne ce que la section ne mentionne jamais. L’article 122 du projet de loi oblige la Commission à consulter le commissaire à la protection de la vie privée avant de publier des lignes directrices sur la vérification de l’âge, et le projet de loi C-36 abrogerait cette consultation. Le seul contrôle externe en matière de vie privée dans le projet de loi est en train d’être effacé par un autre projet de loi, et l’analyse de la Charte ne le remarque pas.

La preuve tient en une phrase

Pour l’interdiction elle-même, la déclaration n’offre qu’une affirmation sans fondement : « Il existe des données considérables en sciences sociales sur les risques que pose l’utilisation des médias sociaux pour les jeunes. » Aucune étude, aucun rapport, aucun organisme d’experts nommé. Un tribunal qui appliquera l’article premier demandera la preuve derrière une limite à l’expression. Une phrase n’est pas une preuve.

Les exemples de distinctions fondées sur l’âge invoqués par la déclaration sont le vote, le permis de conduire et le consentement aux soins médicaux et aux relations sexuelles. Aucun ne restreint l’expression propre d’un mineur ni son accès à un moyen de communication. Et l’interdiction ne s’applique qu’à la détention d’un compte, pas à la navigation anonyme, alors que l’exposition par la navigation figure parmi les préjudices invoqués.

Le problème de séquence

L’exemption qui permet à un service d’échapper à l’interdiction n’est disponible que si la Commission est convaincue qu’il offre des garanties adéquates. Mais les normes de vérification de l’âge de la Commission, l’examen du commissaire à la protection de la vie privée et les critères d’exemption n’arrivent qu’après l’entrée en vigueur de l’interdiction, une fois les dispositions mises en vigueur et les services désignés par le Cabinet. Les garanties d’abord, voilà la séquence conforme. La déclaration décrit l’inverse, puis soutient que le résultat porte une atteinte minimale.

La déclaration nomme aussi les solutions moins attentatoires qui réfutent cet argument : restrictions sur le profilage et les recommandations algorithmiques, paramètres privés par défaut, limites sur des fonctionnalités comme les contacts non sollicités d’adultes. Ce sont les propres obligations de conception du projet de loi pour la protection des enfants. Si les garanties sont une protection adéquate, comme le suppose le processus d’exemption, l’exclusion par défaut est une position difficile à tenir.

La défense du gouvernement n’est pas nulle : les distinctions fondées sur l’âge sont une façon courante et légitime d’organiser la société, l’interdiction s’arrête aux comptes, et l’exemption existe pour les services qui prouvent leurs garanties. Un tribunal pourrait s’en contenter. Il devra d’abord franchir l’obstacle de la séquence, et la déclaration ne l’y aide pas.

Mesure concrète : Ne traitez pas l’interdiction aux moins de 16 ans comme une loi établie. Traitez-la comme une contrainte de conception assortie d’un compte à rebours judiciaire. Si votre service compte des utilisateurs canadiens de moins de 18 ans, modélisez trois scénarios : l’interdiction en vigueur sans critères d’exemption publiés, des critères publiés avec un processus de demande, et un tribunal qui invalide l’interdiction tout en maintenant les obligations de conception. Dans chaque cas, les conditions de vérification de l’âge de la déclaration sont le plancher : recueillir uniquement aux fins de vérification de l’âge, protéger jusqu’à la vérification, détruire ensuite, et documenter le pipeline comme si l’article 8 s’appliquait, car un tribunal pourrait le décider. Surveillez la consultation de la Commission sur l’exemption quand elle s’ouvrira. Ce dossier, et non l’interdiction elle-même, est là où la norme applicable s’écrira.

Poser une question sur cet article

Answers come only from this article.

À lire aussi

Services liés

Des services-conseils pratiques alignés sur le sujet de cet article : conception de programmes, contrôles et mise en œuvre opérationnelle.

Voir tous les services